Deux vaches laitières de réforme sur dix sont des primipares
Sur deux ans, l’Institut de l’élevage (Idele) a récolté des données sur les causes de réforme de plus de 12 000 vaches laitières. Les difficultés de reproduction arrivent en tête chez les primipares, mais aussi chez les multipares.
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Entre janvier 2022 et février 2024, le projet Alonge, piloté par l’Institut de l’élevage (Idele), a analysé les données de 12 417 vaches laitières réformées issues de 309 élevages. Résultat : 40 % d’entre elles étaient en première ou deuxième lactation.
« Une vache sur cinq réformées est une primipare »
Parmi toutes les vaches réformées, 89 % ont été vendues en boucherie ou sont mortes, tandis que 11 % ont été revendues à d’autres élevages. Parmi les 89 %, « les primipares représentent en moyenne plus de 20 % des vaches réformées, ce qui a un impact économique significatif », souligne Aurélien Madouasse, enseignant-chercheur à Oniris. Autrement dit, une réforme laitière sur cinq est une primipare. Et 20 % sont des multipares de rangs deux.
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La présence d’un effet « système » a été étudiée. Bien qu’« il n’y ait pas de grosse différence entre les systèmes », explique Julien Jurquet, responsable du projet Alonge à Idele, une certaine hiérarchie se distingue. Les systèmes avec robot de traite affichent une probabilité de réforme moyenne de 32 %, contre 29 % pour les systèmes conventionnels (salle de traite) et 26 % pour ceux en AOP. En revanche, aucune corrélation notable n’a été observée avec le niveau de productivité du troupeau.
Les difficultés de reproduction, première cause de réforme
Sur l’ensemble des lactations, les troubles de la reproduction représentent la première cause de réforme (22 %). Les problèmes de locomotion arrivent en deuxième position (12 %), suivis de la concentration en cellules somatiques (10 %).
En associant cette dernière aux mammites cliniques (5 %), les causes liées à la santé mammaire totalisent 15 % des réformes. Cette hiérarchie reste toutefois à nuancer, rappelle Julien Jurquet. « Il y a une part de subjectivité car les causes sont données par les éleveurs. »
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Chez les primipares, les difficultés de reproduction pèsent davantage (27 % des causes) que chez les multipares (21 %). « L’éleveur a mis des primipares à la reproduction et ça n’a pas marché, donc il les vend », explique Aurélien Madouasse.
La seconde cause de réforme la plus fréquente chez les primipares est une production laitière jugée insuffisante par l’éleveur (15 %) suivis par les troubles locomoteurs (10 %), comme les boiteries.
Chez les multipares, la tendance s’inverse légèrement : les troubles locomoteurs passent en deuxième position (13 %), devant les problèmes de cellules (11 %). Le manque de production laitière ne concerne que 9 % des cas. L’âge devient une cause notable à partir de la troisième lactation (5 %), atteignant 10 % en quatrième lactation.
Des différences selon les races
Les différences entre races confirment les tendances générales tout en révélant quelques nuances. Les difficultés de reproduction demeurent la cause principale de réforme chez les trois principales races de vaches laitières en France, mais elles sont moins marquées chez les montbéliardes (23 % chez les primipares et 20 % chez les multipares) que chez les normandes (30 % à 23 %) ou les prim’holsteins (28 % et 22 %). De plus, les normandes présentent davantage de réformes pour troubles locomoteurs (15 % et 14 %) que les montbéliardes (11 % et 15 %) et les prim’holsteins (8 % et 10 %).
En moyenne 2 à 2,5 lactations pour être rentable
« Quand on réforme une primipare, elle aura produit 5 kg de lait par jour de vie alors qu’en cinquième lactation, elle sera plutôt à 15 kg de lait par jour de vie, soit trois fois plus », observe Aurélien Madouasse. Selon Idele, une vache devient rentable entre 2 et 2,5 lactations, une fois les coûts liés à son élevage compensés par les recettes issues de la vente du lait et des veaux.
Les réformes précoces, c’est-à-dire en première ou deuxième lactation (40 %), notamment celles pour manque de production (15 % des primipares et 9 % des multipares en deuxième lactation), concernent donc des vaches qui n’ont pas atteint leur seuil de rentabilité.
Selon Idele, connaître les causes de réforme est essentiel pour « identifier les causes associées aux réformes précoces », qui limitent la longévité d’une vache laitière. Les vaches réformées pour des raisons d’âge ont naturellement une durée de vie plus longue et une carrière de production laitière supérieure, tandis que celles écartées prématurément voient leur durée de vie productive fortement raccourcie. « C’est bien en réduisant le nombre de vaches réformées trop tôt que la longévité du troupeau sera améliorée », souligne Idele.
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